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La Dordogne aurait un paysage de plus en plus fermé

15 octobre 2020 à 07h30 Par Nelly Albérola
Les paysagistes ont sillonné tout le département. La semaine dernière, ils se sont rendus du côté de Cours-de-Pile.
Crédit photo : N.A

C’est l’un des constats qu’ont réalisé les paysagistes lors d'une étude pour la création d'un atlas des paysages du département.

Vous les avez peut-être aperçus se promener dans le département ces dernières semaines… Des paysagistes, mais aussi des professionnels des territoires en mission pour répertorier les panoramas de la Dordogne.

Accompagnés d’habitants et d’élus locaux, les spécialistes ont scruté tous les lieux, aussi remarquables qu’anodins soient-ils… Avec cette surprise : le département, à bien des égards, s’enfriche.

Une vue affadie

François Bonneaud n’en est pas à son premier atlas. Après quelques 6.000 km de parcourus, 15.000 photos et deux jours de survol aérien, le paysagiste breton connaît désormais plutôt bien les panoramas du département. Dont l’un des plus gros enjeux, selon lui, reste sa fermeture visuelle.

Écouter François Bonneaud

« Parce que la forêt pousse, parce que la friche pousse aussi, quand l’agriculture ne gère plus les territoires. Parce que les haies sont moins taillées La végétation fait son travail normal, mais, du coup, ça ferme les vues, explique-t-il. On est à un point d’équilibre où, à certains endroits, le paysage est très fermé. Même si je prends un site prestigieux et connu comme la bastide de Domme, aujourd’hui le rocher qui est sous la bastide, on ne le voit pas. Le village vu d’en bas, on ne le voit quasiment pas, on ne voit que le haut des maisons, alors que sur des anciennes cartes postales, on voyait toutes les maisons entièrement. Donc on a une sorte d’affadissement des paysages. »

De plus en plus de forêt

Depuis 1850, la surface forestière a doublé dans le département, atteignant aujourd’hui 418.000 hectares, soit 30 à 55% de territoire boisé, selon les experts du milieu.

Et ça continue d’évoluer. Ingénieur en charge du massif forestier Dordogne et Garonne et représentant de la délégation Nouvelle Aquitaine du centre national de la propriété forestière, Vincent Coquillas prévoit déjà de « nouvelles zones forestières d’ici 15 à 20 ans, du fait du déclin de l’agriculture ».

Écouter Vincent Coquillas

« Plus il y a de la forêt, mieux c’est, mais il faut aussi de l’agriculture. Et je suis ingénieur forestier ! Oui, La forêt continue à gagner du terrain en Dordogne. Et à côté de ça, on n’exploite même pas la moitié de l’accroissement annuel forestier. Je n’ose pas dire qu’on est en sous-exploitation, certains le diraient complètement, parce que la forêt vieillit, elle se déprécie, les arbres meurent sur pied. Et pour nous c’est un souci au quotidien, de faire en sorte que la forêt continue à s’améliorer. »

Atlas des paysages

L'étude, co-financée par l'Etat et le département - pour un coût moyen de 150.000 euros - aura duré trois ans. Elle permettra la création d'un atlas des paysages de la Dordogne. Un outil pour aider les collectivités territoriales à inscrire leurs projets « dans une logique de développement équilibré, cohérent et soucieux de l'environnement », rappelle le département.

Un site Internet présentant l'évolution des panoramas sera également mis en place dès le début de l'année prochaine pour le grand public.